Rendez-vous au GAC

« RDV au GAC » est une rencontre avec un artiste autour d’une œuvre sur un temps donné. Elle peut prendre diverses formes, de l’expérimentation d’une pièce en cours d’élaboration, d’une performance, d’une conférence-débat, d’une lecture par ou en présence de l’artiste. Pendant le Festival le GAC vous convie à un RDV avec l’artiste e.n.o.s. : celui-ci consistera en un moment de monstration de quelques installations conçues pour l’évènement ainsi que deux moments de projections de films par l’artiste avec ses commentaires. Exposition visible au GAC, 1 bd de la République à Annonay, du mercredi au dimanche de 15h à 18h.

Mercredi 12 février au GAC : ouverture de l’exposition d’e.n.o.s.
Samedi 15 février à 18h : projection ouverte à tous les festivaliers
Vendredi 21 février : projection réservée aux scolaires sur réservation

Naître en 1942 – 1945 Allemagne (occupation). Sarrelouis : inondation de la Sarre

Eau noire – une très vieille eau – d’un temps sombre. Effacement de tout ce qui ne dépasse pas le niveau de cette platitude liquide installée – on dirait – pour toujours. La barque du ravitaillement quotidien s’annonçant par le tintement d’une clochette casse par son passage l’immobilité liquide et un flux charriant une forte odeur de marécage pénètre alors jusque dans la cuisine puis se retire laissant la trace organique de végétaux en décomposition. L’enfant que je suis retourne à son poste d’observation – la fenêtre – pour voir dériver sans but : planches, lapin vivant dans son cageot, étrange aspect des platanes de la place coupés à mis hauteur de leurs troncs par ce plan noir. Dans la cuisine – livrés par la barque – des enfants orphelins allemands – le crâne rasé – entassés, mangent en silence la soupe et le pain que leur sert ma mère.

Au retrait des eaux le silence et l’immobilité imposés tout ce temps par cette masse tentaculaire partout insinuée sont instantanément dévorés par les sons et les mouvements humains – humains s’affairant dans les ruines de la majorité des bâtiments effondrés et la récupération de la multitude de choses prises dans les boues laissées sur place comme une déjection de la rivière.

Was ich von meinem Kopffenster aus sehe.

Ce que je vois de la fenêtre de ma tête.

L’énigme et la force de cette première relation au monde va fonder et orienter mon attention du côté de ce à quoi le monde – pris dans la magie de ses technologies – ne prête que peu – voire aucune attention – et ne cessera de me rappeler que ce que je fais je ne peux le faire que de là où je suis où personne ne peut être – une petite place, la mienne – consciente d’être en résonance et en complicité avec d’autres attentions dans l’infinie production des formes par tout être vivant.

e.n.o.s. décembre 2019

 

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